Rentrée 2005
26 Août 2005
• HAFID AGGOUNE, Quelle nuit sommes-nous ?
Roman
ISBN : 2-84490-170-0 144 p., 15 euro
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Samuel Tristan est né à quinze ans en fuyant pour toujours sa famille. Depuis il vit à contre-jour, aimant la nuit comme une renaissance. Sous une nouvelle identité, il parcourt l’espace : Djerba, Alexandrie, Beyrouth, Jérusalem, Aden, Venise enfin pour y trouver la fin de sa nuit…
Sainte-Marie-des-Grâces, une petite île près de Venise, où se dressent les bâtiments d’un hôpital désaffecté. En attendant que les propriétaires y construisent leur résidence, l’île doit être préservée des rôdeurs. Une jeune femme y habite déjà, qui se charge d’entretenir le potager et de nettoyer les allées. Pour l’aider dans sa tâche, Samuel Tristan accepte de la rejoindre pour neuf mois. Deux solitudes au milieu des ronces et du silence. Samuel est né à quinze ans en fuyant pour toujours sa famille. « Fuguer est le contraire d’un suicide : on part pour vivre. » Depuis il ne dort plus car la nuit ignore le mensonge. Sur l’île, il s’acharne à repousser les ronces comme s’il tentait d’abattre les démons de la peur. Lançant ses coups jusqu’à ce que la nuit recouvre tout. Jusqu’à ce que le chemin retrouve sa lumière. Puis il quitte l’île pour habiter un temps Venise. Pour y creuser plus profondément sa solitude.
Dans un style simple et poétique, Hafid Aggoune propose, avec ce deuxième roman, un récit ténu mais très intense. Deux temps s’entrecroisent, l’instant de la fugue et le présent habité par la nuit. À l’espoir inextinguible des Avenirs
succède ici une vision plus sombre du monde, marquées par une écriture plus heurtée, avec cependant de splendides éclats de lumière.
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AURÉLIE ZARKA,
À ton image
Roman
ISBN : 2-84490-161-1 144 p., 15 euro
Un premier roman en deux parties qui joue avec la notion d’autofiction. Deux récits à la première personne s’enchaînent, contradictoires. Le premier tente de cerner la figure d’une mère inconnue ; le second scrute un père Landru, tantôt effrayant et tantôt attachant.
La première partie de À ton image narre l’histoire d’une orpheline abandonnée par sa mère le jour de ses un an. De foyers en foyers elle découvre le monde. Elle ne sait rien non plus de son père et se construit à tâtons des points d’attache à la réalité. Un jour lui parvient une photo rescapée de sa mère qui devient pour elle une image obsédante. L’orpheline sans histoire tente de se construire un passé, cherche à coller aux traits de cette femme dont elle est née. À se construire « à son image » sans pourtant rien savoir d’elle. Juste par l’énumération de quelques reliefs, de fantasmes d’histoire qui se déploient en une multitude infinie : « Ma mère avait de longs cheveux. Elle ressemblait à une actrice. Peut-être était-ce l’idée que je me faisais des stars de cinéma. Avant de la voir pour la première fois, elle existait sans exister, empruntant le visage de chaque femme que je rencontrais. »
Chercher la vie dans les décombres de la mort, se construire sa mémoire, son histoire, donner vie et réalité au fratras flou du souvenir. Le récit lui-même s’élabore comme si la langue se cherchait un fil conducteur, attentif à des échos sans rien perdre de sa singularité. Un rythme haletant et rompu qui compose pourtant un récit littéraire et mélodieux, d’une écriture très personnelle.
Dans le second récit, « La coalition des frustrés », la figure et l’histoire de Landru se superposent à l’image d’un père mystérieux. Sa personnalité changeante, tantôt effrayante, tantôt attachante, marque une enfance où l’imagination s’emballe : « Quand j’ai commencé à écrire sur mon père, dans le but secret de percer son mystère, j’ai appris que Landru était mort décapité. L’image du torse de mon père vint se superposer au buste de Landru montant sur l’échafaud. À cet instant, dans mon esprit fragile, les deux hommes finirent par se confondre. Et je grandis ainsi, dans l’idée que sous la barbe fournie de l’assassin se cachait certainement le visage de mon père. » La folie du père, dont le visage a les traits d’un oncle mort à la guerre, se tourne contre tous. Pourtant, quand l’abandon survient, le manque devient définitif. Comment construire son histoire de cette absence ? L’absence d’un père parti, et en contrepoint celle d’un père coupable et mort…
Chacun ses histoires, ses romans, ses figures légendaires. Deux récits contradictoires, la quête d’une mère morte, le visage d’un père parti, composent une narration parcellaire et multiple, une histoire en fragments. Deux voix pour une seule musique en morceaux.
AURÉLIE ZARKA est née en 1973 aux Lilas. Après un Deug de cinéma à la Sorbonne-Nouvelle, elle vit
à Amiens. Elle a écrit un livre pour enfants en 2000 (Petit bestiaire des animaux étranges). Elle se consacre à l’écriture. À ton image est son premier roman.
octobre 2005
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YOUSSEF ISHAGHPOUR,
Marx à la chute du communisme
Essai
ISBN : 2-84490-171-9 48 p., 7 euro
La pensée de Marx n’est pas une vérité intemporelle, ni une relique du passé, devenue obsolète.
Elle est pensée de l’Histoire. Et, comme telle, à son épreuve : depuis Marx à aujourd’hui.
Marx à la chute du communisme a été écrit en 1989 au moment de la chute du mur de Berlin. Dans une vive émotion provoquée, non pas par l’événement – bienvenu en lui-même – mais à cause d’une caricature, publiée dans un journal italien et reprise dans la presse française, montrant un Marx en frac qui s’était pendu avec des barbelés, tandis que, sous ses pieds, les pierres du mur continuaient de glisser et de tomber…
Ce texte, aujourd’hui, indépendamment des circonstances de son origine, constitue l’essai d’une réflexion théorique et historique, ayant conservé un sens actuel et une portée générale.
Février 2006
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MICHÈLE HIEN,
La Délouicha
Roman
ISBN : 2-84490-173-5 144 p., 16 euro
Elle est née en Algérie. On l’appelle la Délouicha, la simplette. Ce n’est d’abord qu’une enfant qui court par les chemins, parle les pierres, les arbres, les animaux, avec tout sauf les humains. La mère commande et frappe. Le père est aimant mais trop souvent absent. Un nomade. Des premières années, les souvenirs sont terribles : les coups, le placement dans une riche famille qui l’exploite et la bat, la faim, la guerre, encore les coups… Mais le parfum des arbres, le bruit glacé de l’eau dans la chaleur écrasante, l’odeur chaude de la terre, la vie qui pulse en elle apportent parfois l’oubli. Elle se promet de ne plus jamais subir la servitude ni la violence.
Départ forcé pour la France où on la marie à quinze ans. L’esclavage recommence, les coups pleuvent à nouveau, l’enfer est toujours là. Grandie, devenue femme puis mère, elle cherche des chemins pour s’échapper. Apprendre à lire, travailler comme une bête de somme, tenter la mort pour connaître la paix, trouver enfin, pour un temps, un être avec qui parler, rire, tenir à distance le malheur.
Ce récit inspiré par l’histoire d’une femme évite toute complaisance. On est loin du reportage réaliste ou de la narration compatissante, loin des clichés. La puissance des images recréées, la prégnance des sons, des couleurs, des lumières, des odeurs, l’écriture volontairement contenue qui ne s’abandonne jamais à l’émotion facile composent un portrait magnifique, un texte très littéraire. Le roman d’une vie.
Michèle Hien habite dans la région de Lyon. La Délouicha
est son premier livre publié.